Tour du Cervin ’15

Morgane + Benjamin
29 août 2015
Passeport Avenir
14 juin 2015
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E n juillet dernier nous avons été contacté par un couple d'amis pour les accompagner dans une randonnée courant Août. Félix, mi-homme mi-chamois serait notre guide. Vacances et sac à dos sont une association que nous connaissons bien. Néanmoins, venant d'une région dépourvue de montagne, nous ne sommes pas randonneurs avertis. Il n'a pourtant pas fallu beaucoup de temps pour nous convaincre.

C'est ainsi que nous sommes partis à sept avec : Julie et Félix, Sophie et Maxime, David et nous-deux dans une "promenade de 6 jours autour du Cervin" - aussi connu sous le nom de "Matterhorn". Mettons tout de suite les choses au clair : cela n'avait rien d'une promenade. Nous l'avons compris très vite quand la première matinée a été occupée à louer cordes, baudriers, crampons et chaussures de "haute-montagne". Pas vraiment du matériel de promenade bucolique.

Ce circuit se vit comme une aventure, avec notamment deux incursions dans l’univers glaciaire de la haute montagne, mais aussi plusieurs passages de grands cols alpins, aux altitudes frisant les 3000m. Là où la vie laisse place au minéral, où la nature est à l'état brut et où seul notre chemin et quelques cairns témoignent du passage de l'homme.

Attitude Mont-Blanc

 
 

Montée depuis Evolène vers le fond de la vallée jusqu'à l'auberge située à Arolla : quelques heures, facile, c'est la mise en jambe.

Pas si facile, parce que la mise en jambe c'est aussi une première mise à l'épreuve face aux 6 jours à venir. C'est le moment de découvrir qu'un sac de 13 kg pèse beaucoup plus lourd après quatre heures de marches qu'en l'essayant à l’hôtel.

Cette première mise en jambe nous a aussi permis de prendre notre rythme et découvrir que : d'une part un groupe de sept c'est plutôt lent et que d'autre part les indications de temps sur le chemin sont un peu farfelues.

 
13kg

C'est le poids du sac de Jérémie - dont 3 kg de matériel photo.
 

La plus longue journée. Montée sur le glacier et nuit au refuge du Col Collon

1300 mètres de dénivelé positif... Lors d'une précédente expérience en randonnée, Jérémie avait entendu que "au delà de 900 mètres positifs ça devient sérieux". Le moins que l'on puisse dire c'est que cette première "vraie" journée est sérieuse. Les paysages sont magnifiques et nous alternons déjà entre végétation et paysages lunaires. Mais ça grimpe beaucoup et le manque d'entrainement se fait sentir.

Après la passage du col enneigé à 3074 mètres , nous aperçevons au loin le refuge Nacamulli. Houra! C'est aussi encourageant que traître parce qu'il faut plus d'une heure et 300 mètres de descente pour le rejoindre alors que la pluie et la neige commencent à tomber en abondance. Mais quel bonheur d'arriver dans ce premier refuge et pouvoir souffler - et se sécher - autour du poêle. L'occasion d'apprendre les plaisirs simples de ce séjour : de la chaleur et des vêtement secs.

+1300m

Dénivelé positif. Et 300m de descente.
9 heures

L'itinéraire en annonçait cinq.
Remontée vers le refuge de Perucca Vuillermoz, après être descendu au lac de Prarayer.

La journée précédente, compte tenu de notre retard et de la météo, nous avions opté pour l'option de s'arrêter et passer la nuit au refuge Nacamulli, juste après le col et non de descendre directement jusqu'au refuge situé au bord du Lac Prarayer.

Nous avons donc commencé la journée par 800 mètres de descente jusqu'au Lac Prarayer. La journée commence sous la neige et la pluie mais nous retrouvons rapidement la verdure et une météo plus clémente dans le vallon. Nous rencontrons même un autre groupe de randonneurs, plus âgés mais plus expérimentés, que nous croiserons à plusieurs reprises durant le reste de notre voyage. Ils ont fait le choix de pousser un peu plus la veille et d'arriver de nuit et sous la pluie au lac. En voyant leurs mines épuisées, nous sommes content de nous être arrêté plus haut.

A partir du lac (2005 m), ce sont 1100 mètres de dénivelé positif qui nous attendent pour passer le Col de Valconéraz ("Valcounera", 3068 m) et rejoindre le refuge de Perruca-Vuillermoz (2909 m). Les panneaux annoncent 5 heures de montée (façon chamoix des montagnes aka Félix). Il nous a fallu presque le double. Le passage du col est brutal. Les derniers 250 mètres se font au milieu des éboulis instables dans une pente très verticale ou il faut s'aider des mains alors qu'il est difficile de reprendre son souffle.

Entre 2350m et 2800m la pente est soutenue, parfois équipée, puis après un léger replat (névé), remonter un dernier pierrier (250m D+) très raide et instable.

CampToCamp.org

L'effort en vaut la chandelle et la vue est époustouflante. Nous ne tardons pas a descendre en direction du refuge visible d'en haut. La descente est piégeuse, des cordes sont placées le long des parois pour s'assurer mais la neige et nos jambes nous jouent des tours.

La vue depuis le refuge est magnifique et nous y retrouvons le groupe de randonneurs croisés le matin. Ils sont plus rapides que nous mais pas moins fatigués. Et ils ronflent.

+1100m

Dénivelé positif.
3068m

Altitude du Col de Valconéraz
Redescente vers la station de ski de Breuil Cervina, située au pied du Cervin. Environ 4 heures, bistrot et spa à l'arrivée.

Après le passage du col de la veille, cette journée est presque du repos. L'objectif est de descendre dans la vallée pour rejoindre la station de Breuil-Cervina. Pas de défi physique mais un défi d'orientation qui a valu à Félix quelques aller-retours en repérage.

C'est une journée durant laquelle nous avons croisé beaucoup de vaches en essayant de dompter quelques unes. Un vrai "retour sur le plancher des vaches". Et c'est surtout La journée où le Cervin s'est enfin révélé à nous. Nous ne pouvions pas le voir - ou en tout cas pas aussi bien - durant les précédents jours et enfin nous l'avons vu, triangulaire, comme une dent de requin plantée au milieu de la montagne. La forme est familière car c'est lui qui a inspiré le logo des chocolats Toblerone. Il ne nous quittera plus jusqu'à notre destination : Zermat, de l'autre côté.

A Breuil-Cervina il n'est pas question de dormir dans un refuge, se laver à l'eau froide ou marcher 50 mètres dans la neige pour aller au sanitaire. Nous avions réservé un hôtel-spa qui vient comme une récompense avec deux journées intenses.

33°C

Température de l'eau dans le spa en fin de journée.
Montée au plateau Rosa. La vue là-haut (3300m) sur le Cervin est magnifique.

Nous choisissons de faire une partie de la montée en télécabine. En cette saison la montée n'est qu'un champ de gravier et présente peu d'intérêt. La dernière partie se fait sur une piste de ski et nous sommes rattrapés par les nuages qui occupent petit à petit toute la vallée en dessous de nous. Le paysage est encore une fois magnifique. Nous arrivons assez tôt au refuge du Théodule (3317 m), situé au dessus du plateau Rosa au pied du Cervin. Il est enneigé toute l'année et offre une vue incroyable lors du couché de soleil sur le Cervin. Moment privilégié et hors du temps en plein été.

C'est la dernière journée avant la descente vers Zermatt et la fin du séjour. Nous en profitons pour recharger nos batteries et juste profiter du paysage.

3317m

Altitude du Refuge du Théodule
Redescente à Zermatt.

Après une dernière marche sur le glacier, toujours avec le Cervin à côté de nous. Nous traversons une dernière fois la frontière de l'Italie à la Suisse pour redescendre. Là bas nos chemins se séparent. David et Jérémie descendent en téléphérique pour récupérer les voitures tandis que le reste du groupe descend rapidement à Zermatt, 1700m plus bas.

Zermatt est une petite ville pleine de charme comme nos voisins Suisses en ont le secret. La ville est dominée par le Cervin et nous y croisons des centaines de touristes, randonneurs, skieurs.

Un dernier regard sur la montagne et c'est le moment de rentrer en France.

-1700m

Dénivelé négatif. Descente vers Zermatt.